Le Tour de Houat


Quand je me suis luxée la rotule en Juillet 2015 pour la 18 ème fois, et la deuxième fois en post-opératoire, quand le médecin m’a dit que je ne pourrais pas faire de sport avant octobre, j’ai cru voir mon nouveau monde s’effondrer mais…

Je suis toujours persévérante, et après un coup au moral j’ai décidé de ne pas faire de sport pendant un mois. En Août j’ai retenté avec un petit run pour voir si la douleur était présente et comment réagissait mon genou. Bingo, plus rien, ni de douleurs, ni d’épanchement. J’ai rétablis progressivement mon entraînement au fil des jours, même si ma vitesse est beaucoup plus lente qu’en Juin, je ne perds pas espoir qu’elle revienne au fur et à mesure des prochaines courses.

Bref, j’étais inscrite depuis l’ouverture au Tour de Houat . Quand la première édition a été lancée en 2014 je ne courrais pas encore 10km… mais l’île de Houat étant un endroit que j’affectionne particulièrement, je m’étais fixée cet objectif pour 2015. Avant ma blessure je m’étais donnée un temps, j’avais un peu planifié ma course… mais quand je me suis alignée sur le départ le 29/08 dernier, c’était de manière très timide, sans certitude sur la capacité de mon genou à tenir la distance, sans savoir si j’allais pouvoir boucler ces 17km et les centaines mètres de dénivelé positif, en me demandant si pour une reprise après blessure cette course était vraiment une bonne idée.

[28/08/2015 – 6h45] EMBARQUEMENT

Réveil à 5h40, un café et route vers l’embarcadère de Vannes pour prendre place dans le bateau qui me déposera à Houat. Je suis une des premières à m’installer, les gens rentrent, pour la plupart vêtus de survêtements de club ou avec des habits de précédentes courses corsées. Ça y est, je suis stressée et je me demande ce que je fais là et pourquoi je m’obstine à faire des choses compliquées.

On prend le large, à travers le Golfe du Morbihan…

11885066_481578952003583_5517273471140496102_n[29/08/2015 – 7h30] PETIT-DÉJEUNER

La course sera lancée à 11h30, il faut donc que je mange 3h avant pour avoir l’estomac tranquille pendant le trail. Deux jus de pommes, trois barres de céréales, deux pêches, quelques amandes feront l’affaire. Maintenant place à la musique dans les oreilles et j’essaye de me relaxer comme je peux.

[29/08/2015 – 8h30] DÉBARQUEMENT & ATTENTE

Nous voilà arrivés sur l’île de Houat. Petit havre de paix où les voitures sont interdites, à l’exception de celle du médecin, des pompiers et du laboratoire de cosmétique Daniel Jouvance. L’air est pur, la température agréable, je suis détendue.

Après avoir récupéré mon dossard n°392, je déplie la magnifique serviette de plage offerte avec un gel douche. Pour une fois que ce n’est pas un t-shirt technique!

Je patiente sagement, je bois ma bouteille d’eau et mange encore 3 pêches. J’angoisse un peu, je décide donc à 10h30 d’aller me changer et de laisser mon sac à la consigne.

Je suis en tenue, je fais quelques étirements et pars faire le tour du stade pour commencer à m’échauffer. Il est 11h20 et le briefing commence. Tout le monde est réuni devant le podium, je regarde les pieds des autres concurrents, je suis bel & bien une des seules sans chaussures de trail…

[29/08/2015 – 11h30] TOP DÉPART

Les lumières rouges des deux feux à mains nous accompagnent sur quelques mètres, beaucoup d’habitants et d’accompagnateurs sont présents et nous encouragent. Ça y est mon chrono est lancé, je pars avec la foule pour 17 km. Beaucoup de personnes me doublent sur le 1er km qui se déroule dans le village, ensuite je suis ralentie par les personnes qui marchent dans le sentier menant à la plage…

Je suis lâchée sur la plage, le soleil me chauffe la peau, je cours sur le sable mouillé et m’éclabousse avec l’eau qui passe sous mes pieds, je suis bien, je suis heureuse, je cours en bord de mer, je me sens épanouie. Mon allure est bonne, dans le virage de la plage, je vois les premiers au loin qui attaquent déjà les sentiers côtiers, mais je reste motivée par ce magnifique paysage..

Les kilomètres défilent et j’arrive aux rochers qu’il faut monter, je ne ralentie pas, je ne veux pas marcher tout de suite, je continue donc sur ma lancée.

Je remonte beaucoup de personnes au fil des kilomètres, les passages deviennent de plus en plus escarpés, les panneaux « danger » signalent les parties où il vaut mieux marcher… Je trébuche une fois dans la lande toute piquante, puis une seconde fois en montée sur des rochers, mais ça en vaut tellement la peine.

Les dix premiers kilomètres sont passés à une vitesse, je ne m’en suis même pas rendue compte. Mon souffle est encore clair, je m’hydrate régulièrement. Quelques mètres et les coureurs s’étirent le long des sentiers, je me retrouve seule avec une personne à 100 mètres devant et une à 100 mètres derrière.  Le chemin se complique encore, il faut beaucoup relancer, il y a des côtes de sable qui cassent  le rythme. Mes cuisses et mes mollets se durcissent.

Kilomètre 12, un second souffle s’empare de moi, et je file à travers la lande et les rochers, je repasse encore quelques personnes, et je souris bêtement en courant. Plus que 5 km, je connais cette distance, je sais la gérer.

Puis arrivent les escaliers. Ralentir, les monter en gardant bien son souffle pour éviter les points de côtés, arrivée en haut, un léger faux plat, mais il ne faut pas traîner alors je remets un pied devant l’autre et adopte une foulée très lente mais qui m’empêche d’être tentée de marcher, mes jambes sont lourdes et crispées. Peu après une grosse montée, je marche, je la monte et je récupère en marche rapide, puis je trottine. Mes jambes se crispent de plus en plus mais je me répète que « la douleur, c’est la faiblesse qui s’échappe du corps ».

Je vois le ravitaillement du 15 ème, je vois aussi le photographe… Mince mon short est remonté, mon débardeur est en vrac, j’ai perdu une épingle à nourrice sur le début du parcours, je tente de sourire… on verra le résultat plus tard.

Et voici le résultat…

TOUR DE HOUAT 2015. 2°édition. Ile de Houat (56), le 29 aout 2015. Photos: © Yves MAINGUY

TOUR DE HOUAT 2015. 2°édition. Ile de Houat (56), le 29 aout 2015. Photos: © Yves MAINGUY

Plus que 2 km… je finis le 16 ème et un drone me survole pour m’accompagner jusqu’aux dernières marches à franchir. Elles sont hautes, l’escalier n’est pas simple… le Monsieur en haut m’annonce « plus qu’un kilomètre, là c’est 300 mètres de faux-plat et après foncez au stade! ». Je maudis ces 300 mètres qui me paraissent tellement longs à parcourir. Je quitte le sentier côtier pour le village, je passe la place de l’église et là…

Mon souffle commence à être irrégulier et sifflant, j’ouvre les yeux, j’entends les applaudissements, ils sont tous là, les habitants aux pieds de leurs maisons, à crier, à me féliciter, à m’encourager. S’en est trop, les larmes me montent aux yeux, je pleure, je suffoque à la fois avec tout ce bonheur. C’est beau, et je me rends compte que dans quelques mètres j’aurai fini, j’aurai réussi à faire ce trail alors que quelques semaines avant j’étais en béquilles. Dernier virage avant le stade, j’aperçois l’arche que j’ai passée il y a plus de deux heures, les autres coureurs déjà arrivés, et tout ces gens qui crient et applaudissent, mes jambes accélèrent, je ne les contrôle plus, je souris, je pleure, je n’arrête pas et là… je passe la ligne.

Je viens de boucler mon premier trail de 17km en 2h02’45

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Classements:

Général: 266/349

Féminin: 58/115

Sénior féminin: 27/49

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4 réflexions sur “Le Tour de Houat

  1. Vani8194 (@vmoreau94) dit :

    Tu es vraiment très impressionnante. C’est un plaisir de te suivre sur ton blog … et sur IG 🙂
    TU as une telle force de caractère, mais il parait que c’est très breton 😉
    en tout cas bravo pour ta course… Je ne me sens pas encore prête pour ce type de course, car pour le moment il me faut du stabilisé, mais quand je vois ton parcours, je me dis qu »avec de l’entraînement et de l’envie et surtout de la volonté, je peux le faire!!!!!
    Donc pourquoi pas l’année prochaine 🙂
    J’avais une petite question alimentation… ou plutôt hydratation et autres pendant la course (ça pourrait faire un nouveau sujet d’article). J’ai vu que tu prenais un sac avec une gourde, à partir de quelle distance as-tu juger que cela était nécessaire? prends tu aussi du sucre ou autre truc du genre pendant la course?

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    • Ilesttempsdemaigrir dit :

      Hello! Je pensais t’avoir répondu mais ça a du passer à la trappe 😦 .
      Oui dès que l’on se fixe quelque chose, on le réussit, il le faut pour le moral et pour la suite!
      Je le prenais quand je courais dans les parcs loin de chez moi pour ne pas à avoir à porter de bouteilles, je le prends des 10km ou plus où lorsqu’il fait très chaud 🙂

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  2. Le berre dit :

    Un très grand bravo, toutes mes félicitations !
    Très belles histoire, de la persévérance, du morale êt de l envie êt on accompli de belles choses!!!!!
    Merci à vous d avoir participé !
    Arno
    Organisateur du tour!!!
    Le grand chauve qui gère l amicale des pompiers!

    Aimé par 1 personne

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